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Interesting review from neoprog.eu

Parfois à Neoprog, on nous invite à chroniquer des albums, mais parfois aussi, nous chroniquons ce que nous voulons, tout simplement parce qu’on a découvert quelque chose qui nous plaît (et aussi parce que le boss le veut bien, faut pas déconner avec son autoritarisme maladif et compulsif…).
Eh bien là, j’suis tombé en amour, comme disent nos cousins du Québec, avec l’album Unloved Toy, des Polonais de Pinkroom ! Aussitôt, l’écume aux lèvres, j’obtenais l’imprimatur du patron pour rendre compte de mon émoi : chic !
Bon, d’abord, je ne connaissais pas le premier album de Pinkroom, Psychosolstice, lacune que j’ai rattrapée tout de go, et je n’en ai eu que plus envie de chroniquer ce Unloved Toy. Le groupe a pris son temps depuis sa création en 2003, avec de multiples changement de formation pour arriver à produire enfin sa musique… Deuxio, j’ai un petit faible pour les groupes de l’Est, chez qui je trouve souvent une finesse de composition et une culture musicale ample et riche. Tertio, dès que ça sonne un peu comme du King Crimson, me voici les oreilles levées, l’œil qui s’allume et le pied parkinsonnien !
Alors, amateurs de King Crimson, Anekdoten, Discipline, Porcupine Tree et consorts, vous pouvez y aller, c’est pour vous…
Curieusement, ça commence sur “Blow” comme avec un Pink Floyd fin 70s-début 80s, avec bruitages, effets, riff qui arrive sur fond de clavier (d’ailleurs, le groupe aime reprendre du Floyd sur scène…), le tout coupé net par des guitares très hard-prog jouissives avec une basse qui claque et une guitare fripienne par moments, des loops, et un refrain-pont planant pop ! Un mélange hétéroclite, mais savamment dosé pour ce premier morceau, déjà tout en dépression (“You will become just a covered path”). Ouf !
“Tides in Eye” commence sombrement (et le restera avec ce magnifique “I am sailing through the tides in eye”), avec une voix profonde, et se poursuit comme le croisement improbable entre King Crimson, Porcupine Tree et Depeche Mode ! Un pont avec voix de conversation téléphonique et violoncelle, reprise de riff, break de batterie, basse qui slappe, et cette voix qui revient, bluffant… J’ai beau ne pas être un fan du gang de Basildon, le côté iconoclaste du morceau me procure du ravissement, et ce rapprochement est lumineux. Tout y est millimétré, finissant sur une note de guitare stridente du meilleur effet.
Les loops frippiens (période Belew) reviennent avec “I Confess” et ce petit côté dansant sur le couplet qui rappelle encore la bande de Dave Gahan. Vraiment troublant, mais ô combien réussi. La basse de Grzegorz Korybalski est virevoltante, et le chant de Mariusz Boniecki convaincant. De plus, le texte, basé sur la question du mensonge, file la métaphore biblique, en appelant à saint Dismas (“Saint Dismas – Rise up! / There’s no retreat from all of it”), le Bon Larron de l’Evangile de Luc, celui qui prit la défense de Jésus sur sa croix, se repentit de ses péchés et mourut en reconnaissant le Christ comme son sauveur…

Pinkroom

“Seven Levels” est soutenu par une guitare acoustique et des claviers aériens, de même que des thèmes de guitare électrique toujours aussi flippants (et frippants), idem pour le chant dont l’aspect mystérieux est caché sous les effets (la symbolique forte du chiffre 7 sert de guide au morceau, “Seven keys to access the mental depths” )… Mais le climat change avec une seconde partie plus aérienne gonflée par des voix en harmonie et la batterie de Marcin Kledzik qui tressaute, fait avancer la machine et soutient, à la cymbale crash, les accords plaqués rageusement, avant une troisième partie légère tenue par la guitare acoustique et un petit solo électrique au final. C’est dingue comment ce groupe sait mélanger les ambiances, les lier, les faire revenir, disparaître, toujours dans la surprise, et jamais dans le surfait !
Avec “Moodroom v. 3″, un instrumental, les violoncelles prennent le pouvoir, portés par des hurlements à la mort de loups mêlés de claviers avant qu’un bel ensemble jazz (guitare-basse-batterie) ne croise des cris de mouettes et des riffs de violoncelle. Ils sont vraiment étonnants, ces Polonais ! Les riffs de guitare viennent par-dessus l’ensemble prendre la main (du Porcupine Tree en guise de fin de morceau).
“Enslaved” commence avec des samples étranges annonçant l’entrée d’un riff guitare-basse bien vite partiellement triplé par la ligne de chant, les voix doubles assez floydiennes donnent un côté aérien au morceau (ce “Ghosts in sepia enslaved mind” !), de même que les nappes de clavier. Les guitares de Boniecki et Karol Szolz prennent clairement le dessus ici, on est dans le post, l’atmosphérique, le gongien, on ne sait plus trop, je dois dire, mais ça avance sacrément, ce bazar, à écouter fort, de préférence…
Un petit “Flash” ? Avec du piano ? C’est parti. Un peu comme une musique de film vieillot(e)… jusqu’au retour des loopings dignes de l’album Discipline de KC… et l’arrivée d’un chant doublé avant alternance passages calmes et enlevés. Le texte, beau et menaçant, raconte la promenade solitaire d’une femme que l’on imagine belle et coupable de bien des maux (“Everything in your hand is just a toy”)…
La voix magnifique d’Elena Isakova va apporter de magnifiques vocalises orientalisantes au mitan de “In train”, morceau mené par une guitare acoustique, où Mariusz nous conduit dans un convoi désespéré (“I know tomorrow is not gonna change / I’m just a tired passenger in train”). Titre quasi sautillant marqué par la noirceur du propos…
“Unwanted Toys” attaque fort, sur un riff palpitant. La guitare fripienne revient et le jeu de baguettes et de pieds de Marcin s’emballe, le doute avec encore un message des plus positifs : “Justice is a cliché to soothe your conscience”… L’ambiance devient plus expérimentale sur la seconde moitié du morceau, entre samples et lignes de claviers, avant le retour du riff incendiaire (un petit côté Porcupine Tree, mais pas que…).
C’est “Apology” qui vient conclure en douceur ce Unloved Toy. Instrumental post-rock où les couches de guitares se mêlent, se croisent, se répondent et ce répandent, ponctuées par la crash d’un Marcin vraiment impressionnant.
Si les musiques composées par Mariusz Boniecki sont puissantes, complexes et riches, les textes, écrits pour la plupart par Marcin Kledzik (ce qui donne un petit côté Rush à Pinkroom) sont d’une beauté et d’une noirceur troublantes. Dommage, cependant, qu’ils soient traduits (donc écrits en polonais à la base) car l’accent et quelques fautes linguistiques de Mariusz empêchent cet album d’obtenir le Graal de la note suprême !
Néanmoins, que cette dernière remarque ne soit pas prise trop au pied de la lettre. Ce Unloved Toy est un album qui m’envoûte littéralement, à mon sens une des grandes réussites de l’année 2014, marquant, pour un deuxième album, l’entrée en scène d’un groupe qui pourrait bien compter à l’avenir…
Et comme vous pouvez écouter l’album sur Bandcamp pour ensuite vous le procurer en CD pour 7,50 € minimum, il ne va pas falloir vous gêner pour découvrir et acquérir ce jouet non aimé de la chambre rose… mais que, profondément, j’adore !

http://neoprog.eu/critique/pinkroom/unloved_toy

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